07/09/2026
Actualités Théâtre/Public
Tout l’éventail des solitudes
Théâtre/Public #260 dans La chronique théâtre de Jean-Pierre Leonardini
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07/09/2026
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Théâtre/Public #260 dans La chronique théâtre de Jean-Pierre Leonardini
La livraison de 𝘛𝘩𝘦́𝘢̂𝘵𝘳𝘦/𝘗𝘶𝘣𝘭𝘪𝘤 de juillet-septembre est comme d’habitude riche de sens. On lit d’abord un long entretien de Lorraine Wiss avec Ambre Kahan, qui anime la compagnie Get Out et affirme que « le théâtre nous oblige à être dans une forme de présent ». Le dossier de rigueur a pour titre « Nos solitudes ». Le présentant, Olivier Neveux cite Heiner Müller : « Le capitalisme peut toujours vous donner quelque chose, dans la mesure où il éloigne les gens d’eux-mêmes. » Suit une brillante constellation d’écrits en approches diverses.
Nicolas Bouchaud évoque sa solitude d’acteur devant « le trou » (celui du souffleur n’est plus). Sous les formes de la fable, de l’autoanalyse, du retour sur soi, voire de la confession, des artistes aux pratiques et disciplines différentes (Catherine Boskowitz, Hicham Boutahar, Yves Chaudouët, Éléna Doratiotto et Benoît Piret, Basile Herrmann Philippe, Vanasay Khamphommala, Maguy Marin, Chantal Morel, Leyla-Claire Rabih, Laura Tirandaz) explorent le thème donné, d’autant plus délicat à traiter que le théâtre, à première vue, a pour vocation l’inverse de la solitude.
Ulysse Caillon analyse en profondeur le solo scénique de Laurène Marx, femme trans non binaire, révélée en grand par son spectacle 𝘗𝘰𝘶𝘳 𝘶𝘯 𝘵𝘦𝘮𝘱𝘴 𝘴𝘰𝘪𝘴 𝘱𝘦𝘶. Sylvain Diaz se penche sur la confession dramatique, suivi de près par Marie Duret-Pujol, qui planche sur le stand-up au féminin vu comme « l’art de retourner la solitude ». Najla Nakhlé-Cerruti serre de près le travail de Chrystèle Khodr, qui, dans 𝘚𝘪𝘭𝘦𝘯𝘤𝘦, 𝘤̧𝘢 𝘵𝘰𝘶𝘳𝘯𝘦, incarne, à elle seule, la mémoire du massacre de Palestiniens perpétré, en juin 1976, par les phalangistes libanais au camp de Tell Zaatar, banlieue est de Beyrouth. En un mot comme en cent, tous ces textes traduisent des solitudes peuplées de fantômes.
Pasolini, à la solitude souveraine élue, arrive sur la fin. Olivier Neveux ausculte la mise en scène de 𝘗𝘦𝘵𝘳𝘰𝘭𝘪𝘰, par Sylvain Creuzevault, qu’il met en regard – sous le signe de « héros non socialisés » – avec celle du 𝘗𝘳𝘪𝘯𝘤𝘦 𝘥𝘦 𝘏𝘰𝘮𝘣𝘰𝘶𝘳𝘨, de Kleist, par Robert Cantarella. Le dossier se clôt sur une forte étude de Julie Paquette sur « les solitudes de l’abjurateur » que fut Pasolini.
Ce n’est pas tout. Dans les miscellanées, Marion Aubert, Noëlle Renaude, Marion Chénetier-Alev rendent hommage à Valère Novarina, mort il y a peu. Michel Bataillon publie le dernier volet de son enquête sur Brecht, Benno Besson, Geneviève et Jean-Marie Serreau ; travail d’historien, de détective, de fouilleur d’archives, servi par la main sûre d’un écrivain du réel retrouvé.
L’Humanité, 7 septembre 2026
𝙏𝙝𝙚́𝙖̂𝙩𝙧𝙚/𝙋𝙪𝙗𝙡𝙞𝙘 #260 – Nos solitudes, un dossier coordonné par Olivier Neveux, est disponible au format papier et au format numérique, au numéro et à l’article.
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