À propos de « Pionniers à Ingolstadt »

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28/08/2026

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À propos de « Pionniers à Ingolstadt »

〔 Dans nos archives〕Entretien avec Bérangère Bonvoisin et Philippe Clévenot (Théâtre/Public #78)

Théâtre/Public

À l’automne 1987, le 78e numéro de Théâtre/Public présente le programme du Festival d’Automne à Paris.

 

Il fallait aller vite. d’une part, Pionniers à Ingolstadt n’a été inscrit que tardivement au programme du festival et les producteurs-metteurs-en-scène du spectacle, Bérangère Bonvoisin et Philippe Clévenot, n’en étaient encore qu’au début de leur entreprise ; d’autre part les délais que doit respecter la présente revue ne permettaient pas d’attendre plus longtemps.  Le texte qui suit est donc à considérer comme le simple reflet d’un moment dans un processus : rien de définitif, l’humeur de l’instant, la fragilité d’une conversation à l’improviste. Extraits.

Bérangère Bonvoisin : La langue de Marieluise Fleisser – Telle que Sylvie Muller l’a transposée – est à la fois très précise et très économe : peu de mots, les mêmes expressions que, sans en être conscients, les personnages reprennent les uns après les autres, les clichés… Et aussi les silences… mais, dans la brièveté de chaque tableau, chaque mot est essentiel, chaque silence compte.

Marieluise Fleisser a inventé, en quelque sorte, à partir du parler populaire bavarois, une langue  en réalité très « littéraire » , très méticuleuse, que Sylvie Muller appelle « le bavarois Fleisser » et qui est à la lettre « intraduisible ». Sylvie Muller a fait un travail magnifique pour rendre en français le caractère composite, abrupte, la violence de cette langue qui exprime le vide angoissant des rapports entre les personnages. 

Lorsqu’un personnage a un mot, une phrase à dire, il se lance à l’eau, il se noie, il ressort et recommence sans tenir compte du mot ou de la phrase qu’il vient de prononcer. Et en face, son interlocuteur fait la même chose. Mais ils n’échangent rien. Il n’y a, dans cette pièce, aucune psychologie naturaliste ou conventionnelle qui pourrait adoucir les choses. 

Philippe Clévenot : La pièce, dans la version de 1929, a quelque chose de rimbaldien, au sens où elle dit que la vie qu’on vit n’est pas « la vie ». C’est certainement ce qui a séduit le Brecht de cette époque. Mais elle dit ce désespoir sur un mode léger, rapide (le spectacle ne devrait pas faire beaucoup plus d’une heure), voire comique (elle est intitulée « comédie »). Certaines scènes très courtes font même penser à des sketches de Karl Valentin. 

Voilà pourquoi cette pièce, même si elle a été écrite en 29, a pour moi, entre Rimbaud et Valentin, un ton d’aujourd’hui – et au plus haut niveau, celui de Beckett, Brecht […/…].


 

 

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