06/08/2026
Actualités Théâtre/Public - Non classé
« l’Odyssée, le roman des mers »
〔 Dans nos archives〕Regards croisés sur "Notre Odyssée", l'épopée d'Homère mise en scène par Christiane Jatahy
actualités
06/08/2026
Actualités Théâtre/Public - Non classé
〔 Dans nos archives〕Regards croisés sur "Notre Odyssée", l'épopée d'Homère mise en scène par Christiane Jatahy
Cette création, constituée de deux parties : Ithaque (Notre Odyssée I) et Le Présent qui déborde (Notre Odyssée II), s’inscrit dans la continuité du travail de la metteuse en scène et de sa recherche de dialogue entre le théâtre et le cinéma, entre la fiction et le documentaire, entre le passé et le présent. Il prolonge aussi sa réflexion sur la crise des réfugiés.
Créée à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, la première partie confronte l’épopée d’Homère et la réalité de ceux qui aujourd’hui traversent la Méditerranée. « nous avons entrepris un long processus de création, cette fois à Paris. Au départ, nous avons passé un mois et demi à rassembler des matériaux à travers un travail à la table sur l’Odyssée d’Homère et à développer des improvisations, parfois très très longues, à partir des systèmes dramaturgiques. » (Julia Bernat)
Dans un dispositif scénique bifrontal, Jatahy y interroge le retour chez soi comme aventure vitale faisant écho à la réalité contemporaine des disparitions quotidiennes en mer. « On dirait que Jatahy en coupant ainsi l’espace nous chuchote à l’oreille : ‘Regarde. De l’autre côté du monde il se passe quelque chose que tu ne vois pas, mais qui te regarde.’ » (Philippe Duclos)
« Les scènes parallèles qui se jouent alors en même temps, de part et d’autre de ce milieu opaque, n’ont pas les mêmes référents, bien qu’appartenant au même matériau homérique : l’Odyssée. D’un côté, comme l’explicite un affichage projeté en fond de scène, en l’occurrence sur le rideau à franges, nous sommes ‘Vers Ithaque’ — en fait chez Calypso — où les acteurs [Karim Bel Kacem, Cédric Eeckhout et Matthieu Sampeur] sont Ulysse, et les actrices [Julie Bernat, Stella Rabello et Isabel Teixeira] : Calypso. De l’autre, on se situe à ‘Ithaque’ où ‘Elles sont Pénélope. Ils sont les Prétendants’ . » (Guillaume Pinçon)
Le second volet de Notre Odyssée, créé lors de la 73e édition du Festival d’Avignon, est traversé d’images documentaires tournées en Palestine, au Liban, en Afrique du Sud, en Grèce et en Amazonie, mêlant la fiction grecque classique à des histoires réelles d’exilé·es. « Il semble évident que le choix du réfugié comme objet central de Notre Odyssée est le choix politique fait par Jatahy pour projeter une mémoire multidirectionnelle ne se restreignant pas à l’histoire officielle. » […/…] « associant les réfugiés à Ulysse et à son impossible retour à Ithaque. Véritable paradigme de l’errance, l’épopée d’Homère est le récit du retour toujours ajourné du héros sur sa terre natale, qui se définit par le ‘pas encore’ ou, pour Jatahy, par un ‘présent qui déborde’ capable de synthétiser le problème au cœur de l’Odyssée : savoir si Ulysse parviendra à rentrer dans son territoire d’origine. » (Sílvia Fernandes)
Le Présent qui déborde prend alors le contre-pied du premier chapitre : Christiane Jatahy a parcouru le monde à la recherche d’un Ulysse bien réel cette fois, confiant les vers d’Homère à des hommes et des femmes pour qu’ils et elles racontent leur propre réalité. Le mythe de l’Odyssée devient ainsi un prisme pour donner la parole à des exilé·es d’aujourd’hui. Le spectacle immerge le public, entre théâtre et film, et se joue en arabe, kurde, grec, anglais, isizulu, français, portugais et kayapó — reflet de la dimension résolument internationale du projet.
« Ithaque est la première partie de Notre Odyssée, mais la motivation première a vraiment été Le Présent qui déborde : on a fait Ithaque comme le bateau qui nous permettrait d’aller au Présent qui déborde (et c’est vraiment un bateau, avec la présence de l’eau, etc.). Il s’agissait de chercher la théâtralité de cette histoire qu’est l’Odyssée, comment la raconter au théâtre, avec toutes ces couches : la présence du public séparé en deux parties sur les deux côtés d’un dispositif bifrontal autour d’un espace coupé en son milieu par un grand rideau ; ces voix qui traversent tout le temps ce rideau, qui sont comme des fantômes que l’on perçoit d’un côté à l’autre, comme s’ils surgissaient dans la tête d’Ulysse ou celle de Pénélope. » (Christiane Jatahy)
Dernières actualités
Acheter un numéro
À chaque numéro, une grande thématique esthétique, culturelle ou politique en lien avec la scène actuelle.
S’abonner à Théâtre/Public
Vous pouvez désormais vous abonner pour une durée d’un an (4 numéros) !