« On est dans quelque chose comme la turbulence de l’air et des poussières d’une pièce fermée, jusque-là apparemment immobiles, mais qu’un rayon de soleil passant par le trou d’un volet fatigué démasque dans leur agitation folle, incessante, qui ne va nulle part, qui n’a pas de repos, ni sens aucun. »
Henri Michaux, L’Infini turbulent, Paris, Poésie/Gallimard, 1964.
La poésie est de plus en plus présente dans les discours d’artistes du spectacle vivant, dans les textes critiques portant sur leurs œuvres, dans les façons dont les spectateurs expriment leurs expériences éprouvées face à la scène contemporaine, ou encore sur les supports de communication des institutions culturelles. Cette omniprésence ne s’explique pas seulement par la source, le recours, voire le modèle que peut constituer la poésie pour les arts du spectacle vivant, car cette dernière y apparaît résolument protéiforme : relevant de formes tantôt silencieuses, tantôt verbales, liée à des mouvements singuliers ou bien à une immobilité remarquable, soutenue tantôt par des corps ou des objets, tantôt par un espace vide, indiquant ici une énigme mystérieuse, là une beauté incandescente, etc. Comment comprendre alors une telle labilité et une telle polysémie ?